Amina Nsenga
15 min lu
05 Apr
05Apr

Un voyage intérieur vers l'alignement

Il y a des mots qu'on n'ose pas . Des combats qu'on mène seule, dans le silence de ses propres pensées, loin des regards. C'est de ce silence-là que nous avons voulu parler. De ce duel intérieur que tant d'entre nous portent sans jamais le nommer  non pas un duel contre une autre, jamais, mais un duel avec soi-même.

Hier s'est tenu l'événement Ode Aux Femmes Du Duel au Duo de la Teranga. Une soirée qui n'a pas simplement réuni des personnes : elle a ouvert un espace de vérité rare, où la parole a pu descendre au fond des choses.

Un combat intérieur, pas une guerre entre nous

Il n'a jamais été question ici d'opposition entre femmes. Le duel dont nous parlons ne se joue pas entre nous. Il se joue en nous. Il naît des blessures accumulées, des conditionnements intériorisés depuis l'enfance, des voix absorbées au fil des années qui deviennent, à notre insu, notre propre voix intérieure.

Ce chemin intime, parfois invisible, chacune le traverse pour se comprendre et s'aligner avec elle-même. Et ce duel n'appartient pas qu'aux femmes les hommes aussi vivent ces mêmes tensions, ces mêmes quêtes d'harmonie intérieure que la société leur demande trop souvent de taire.

Chercher de l'aide n'est pas une faiblesse

L'événement a porté un message fort : chercher l'écoute d'un professionnel n'est pas une faiblesse. C'est l'un des actes les plus courageux qu'on puisse poser.

Nous vivons dans des cultures où l'on valorise la résistance, l'endurance, le fait de tenir seule. Mais cette armure nous étouffe. Elle nous isole. Elle nous empêche d'accéder à ce que nous portons réellement à l'intérieur et donc de le transformer.

Écouter son corps, ses émotions, accepter d'être accompagnée : ce ne sont pas des signes de fragilité. Ce sont des outils puissants de reconnexion avec soi-même. Et c'est de cette reconnexion que naît toute force véritable.

Du duel au duo : la force de la complémentarité

La soirée a proposé une transformation profonde : passer du duel au duo. Non pas effacer la tension, mais la traverser pour découvrir ce qu'elle cache une aspiration profonde à l'entraide, à la solidarité, à la confiance mutuelle.

Cette dynamique se vit entre femmes, dans la sororité et l'écoute. Mais elle se vit aussi dans la complémentarité avec les hommes, en reconnaissant la force de l'intuition et du respect mutuel. Le duel intérieur devient alors un chemin vers l'alignement une expérience universelle qui permet à chacun de mieux se relier aux autres et de contribuer à une société plus juste et plus équilibrée.

Une équipe d'experts à l'écoute

La richesse de cette soirée tient à la diversité des regards qui l'ont éclairée. Chaque intervention a été un cadeau pour les oreilles, pour le cœur, et pour la conscience.

Docteure Aicha Bacha a replacé le duel intérieur dans son contexte sociologique plus large : comment la société construit, génération après génération, des injonctions qui s'impriment en nous et deviennent des conflits intimes. Elle a montré avec rigueur comment les structures sociales les normes, les rôles assignés, les attentes collectives façonnent notre rapport à nous-mêmes, souvent à notre insu. Elle a également posé un regard technique et professionnel sur l'écriture d'Amina Nsenga, soulignant comment le message du livre Le Duel, Le Duo de la Teranga parvient à traduire ces réalités sociologiques en une parole intime, accessible et libératrice un pont rare entre la rigueur de l'analyse et la chaleur du témoignage humain.

Laetitia Lusakivana a offert ce que l'on retiendra longtemps : une explication sans pareille, portée avec une douceur désarmante, sur le fonctionnement du cerveau. Sans jargon, sans distance, elle a donné des clés concrètes, des conseils orientés et applicables dès ce soir-là. Une intervention qui fut à la fois un régal pour les oreilles et une profonde remise en question celle qui pousse à agir, pas à ruminer.

Nathalie Van Opstal a accompli ce soir-là l'exercice le plus difficile et le plus courageux : parler d'elle-même. De ce qu'elle vit, de ce qu'elle traverse dans ce domaine qu'elle connaît si bien professionnellement. En recontextualisant son témoignage dans sa pratique de psychologue, elle a montré que les thérapeutes aussi sont des êtres humains en chemin et que cette humanité partagée est précisément ce qui rend l'accompagnement vrai.

Maman Sissi, qui partage avec Amina Nsenga une relation aux contours du début d'une rencontre chaotiques, a livré une vérité d'une profondeur rare : la grandeur de l'âme se découvre précisément là où l'on choisit de ne pas s'arrêter sur le jugement orienté par la perception des autres. C'est dans ces relations complexes, traversées de malentendus et de frictions, que se révèle ce qu'on est vraiment et ce qu'on choisit de devenir.

Angelica N'kashama a parlé de ce lien qui ne passe pas par le sang mais par le cœur ce lien de sœur de cœur qui porte et qui accueille, inconditionnellement. Celle qui est là non parce qu'elle y est obligée, mais parce qu'elle a choisi d'y être. Une parole sur la sororité choisie, construite, précieuse comme peu de choses le sont.

La voix du public : quand la salle devient actrice

La soirée n'a pas été un monologue d'experts face à un public passif. Elle a été vivante, traversée par des voix venues de la salle qui ont dit, elles aussi, quelque chose d'essentiel.

Monsieur Pino Fulco, enfant de la rue devenu homme debout, a pris la parole avec une émotion palpable. Il a déclaré que celle qui l'a véritablement construit, qui a été le socle de sa reconstruction, n'est autre que son épouse Nathalie Van Opstal, présente ce soir-là sur le panel. Un témoignage bouleversant sur la force silencieuse de la femme qui accompagne, qui tient, qui croit en l'autre parfois bien avant que l'autre ne croie en lui-même. Une déclaration d'amour publique, rare et courageuse, qui nous rappelle que la gratitude se doit d'être nommée à voix haute et que la force de l'alignement, lorsqu'elle est vraiment vécue, conduit aux plus belles histoires. Ce moment a suspendu le temps dans la salle. Personne n'a regardé ailleurs.

Loyda Sensores a posé la question que beaucoup portaient sans oser la formuler : comment orienter ses clients lorsqu'ils se trouvent dans la fracture mentale, ce moment où tout vacille et où les repères disparaissent ? Une question professionnelle, humaine, urgente  qui a ouvert un espace de réflexion collective sur la responsabilité de ceux qui accompagnent.

Anna Romano, depuis le public, a pris la parole avec une sincérité désarmante. Forte de son expérience vécue aux côtés de Laetitia Lusakivana dans un parcours d'accompagnement, elle a choisi de nommer non pas ce qu'elle avait reçu, mais ce qu'elle ne voulait surtout pas transmettre à son tour ces schémas, ces postures, ces réflexes appris qui, si on n'y prend garde, se reproduisent malgré soi. Une prise de conscience lucide et courageuse, celle de quelqu'un qui a décidé que la chaîne s'arrêterait là, avec elle.

Bakhta Benzaza a choisi de clore ses mots par un remerciement sincère au panel. Elle qui a fait le choix, aujourd'hui, d'accompagner les enfants, a dit ce qu'elle retenait de cette soirée  et dans ses mots, on entendait non seulement la gratitude, mais la confirmation d'une vocation, la clarté d'une direction choisie avec le cœur.

Un mot pour chacun : la force des rencontres qui contruisent

Il y a eu, ce soir-là, un moment particulier. Un moment suspendu, inattendu, qui a peut-être touché plus profondément que tout le reste. Amina Nsenga a pris le temps de s'adresser personnellement à chaque personne qu'elle connaissait dans l'assemblée. Non pas pour les saluer en passant, non pas pour les remercier d'une formule convenue mais pour dire, devant tous, ce que chacune de ces personnes représente dans son parcours. Ce que cette rencontre a changé en elle. Ce que cette présence lui a apporté, parfois sans que l'autre le sache.

Un mot juste, précis, sincère, pour chaque visage familier dans la salle. Expliquant comment chaque rencontre, chaque relation simple ou complexe, douce ou bousculante a contribué à faire d'elle celle qu'elle est aujourd'hui. Comment chaque personne, à sa façon et à son moment, a été une pièce de ce puzzle intérieur qu'elle a mis des années à assembler.

Ce geste rare a dit, mieux que n'importe quel discours, ce qu'est le matrimoine vécu : non pas un concept abstrait, mais une réalité incarnée, faite de visages, de mots échangés, de liens qui transforment. Il a rappelé à chacun dans la salle que sa présence dans la vie des autres n'est jamais anodine et que prendre conscience de cela, c'est déjà commencer à se relier autrement au monde.

Le matrimoine : héritage et transmission

La soirée a également évoqué le concept puissant de matrimoine cet héritage qui se tisse au-delà du sang, à travers les transmissions invisibles, les rencontres qui transforment, les mots reçus au bon moment. Ces héritages façonnent nos identités et nourrissent notre capacité à créer des liens authentiques et solidaires.

Cette réflexion trouve un prolongement direct dans les livres présentés lors du vernissage. Le premier ouvrage, Une feuille de route d'un parcours de vie que beaucoup taisent, met en lumière les chemins intimes que les femmes empruntent dans le silence. Le second, Le Duel, Le Duo de la Teranga, éclaire pleinement le thème de la soirée : la transformation du duel intérieur en duo, dans la vie personnelle comme dans les relations avec les autres. Ces tensions intérieures peuvent devenir des forces de solidarité, de sororité et de complémentarité universelle.

La Teranga : accueillir et partager

Portée par l'esprit de la Teranga accueil inconditionnel, bienveillance sans calcul, partage généreux la soirée a invité chacun à bâtir une sororité consciente, inclusive et ouverte, au service d'une humanité plus alignée et plus harmonieuse.

La Teranga, c'est recevoir l'autre comme un hôte précieux. C'est aussi apprendre à se recevoir soi-même avec cette même douceur. Car on ne peut offrir aux autres ce qu'on ne s'est pas d'abord accordé.

On repart de cette soirée avec quelque chose de rare : un sentiment d'élévation, de clarté sur soi-même et une envie profonde d'appliquer ces enseignements dans ses relations et dans la société.

Le duel intérieur ne disparaît pas. Mais il se transforme. Et cette transformation rayonne bien au-delà de soi vers une humanité plus consciente, plus équilibrée, plus solidaire. C'est cela, l'esprit vivant de la Teranga.

Et vous ?

Cette soirée a ouvert des espaces intérieurs que l'on n'ose pas toujours explorer seul. Elle a posé des mots sur des silences, et allumé des lumières là où l'on ne voyait plus très bien.

Alors nous vous posons la question à vous qui avez vécu cette soirée, à vous qui la découvrez à travers ces lignes :

Quel est le duel intérieur que vous portez en silence depuis trop longtemps et quelle est la première chose concrète que vous êtes prêt à faire, dès aujourd'hui, pour commencer à le transformer en duo ?

Partagez votre réflexion en commentaire. Votre mot, votre prise de conscience, votre question aussi petite soit-elle pourrait être exactement ce dont quelqu'un d'autre a besoin de lire aujourd'hui.

Parce que le chemin du duel au duo, on le marche mieux quand on sait qu'on n'est pas seul à le marcher.

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